Face à la mer, les bras ouverts, Tadeusz Kantor réalise le 23 août 1967 près d’Osiek son « happening panoramique de la mer ». L’image de ce « concert maritime » de l’artiste contestataire polonais est chargée de symboles et de métaphores, révélant sans doute la volonté de mettre en question les lieux et les méthodes de la création tout en proposant un nouveau regard sur l’Europe et sur sa culture. « Fenêtres sur Mers » est une série de manifestations mise en œuvre par apollonia quatre autres membres du réseau ARTVENTURE – Visual Art Network. L’idée nourricière de ce projet est d’envisager l’espace européen du point de vue de son littoral, de penser l’Europe et sa pluralité culturelle à partir de ses mers, de ses espaces limitrophes (Michel Roux). Envisager une nouvelle topologie de notre continent nous a permis de réfléchir à des situations artistiques qui en découlent comme la question des limites dans la création contemporaine (Paul Ardenne). Artistes : Kosta Tonev (Bulgarie)
Avec « Fenêtres sur Mers », nous souhaitons remettre en question la cité idéale qui, selon Platon, devait se situer loin de la mer et détournée de tous ceux qui viennent d’elle. Notre approche s’efforce de contester cet espace idéal, ce lieu privilégié qu’est la métropole. Cette dernière se développe parfois de telle manière qu’elle occulte la présence des villes alentour et leurs extraordinaires richesses.
Notre volonté est de soumettre au public un autre concept cartographique s’appuyant sur des projets imaginées par des commissaires d’expositions et des artistes issus de régions méconnues, décriées, mal-aimées, voire mal famées… Nous nous sommes, en effet, rendus compte que la création artistique, située en marge du système centraliste et globalisant qui s’applique à une grande partie des structures culturelles, est loin d’être dénuée d’intérêt. Et plus encore, cette exclusion a permis à certains des artistes de développer des opinions critiques et des réflexions alternatives. Tenir compte de ces différences, c’est se confronter réellement à l’altérité… C’est accepter de mettre à l’épreuve nos valeurs.
« Fenêtres sur Mer » est l’aboutissement d’un travail de recherches réalisé à travers des voyages de prospection et des rencontres avec les acteurs culturels de notre littoral européen. De la mer Baltique à la Méditerranée, en passant par la mer Noire. Mais pas seulement. Les activités du réseau ont accordé une place particulière aux artistes, aux commissaires d’exposition et aux critiques qui envisagent la création artistique comme un outil de dépassement.
De fait, nous nous sommes intéressés à la question des frontières – espaces limitrophes, terres des minorités, zones d’invasions, lieux d’échanges et de conflits, histoires des migrations. Les mers sont, pour nous, à l’image de ses diverses houles, vagues de mouvements de la mobilité artistique et agitations de la création contemporaine qui, sans cesse, interrogent notre monde, relèvent le défi de l’innovation.
Frontière à la fois emblématique et symbolique, le Mur de Berlin est certainement l’illustration la plus pertinente en ce qui concerne les préoccupations précédemment évoquées. 20 ans après sa chute, pouvons-nous réellement affirmer la disparition de toutes frontières mentales, culturelles, spirituelles, sociales, économiques...?
Comment les générations d’artistes ayant connu le mur et celles qui sont issues de « l’après » vivent, ignorent ou traitent ces situations ?
Au de-la d’une commémoration nostalgique, il s’agit davantage d’une réflexion sur notre société, notre quotidien, nos systèmes de pensées, de gouvernances et sur leurs capacités ou non d’aborder et de gérer le lendemain de la chute du Mur de Berlin.
Dimitri Konstantinidis
apollonia
Ibro Hasanovic (Bosnie-Herzégovine)
Anila Rubiku (Albanie)
Artur Klinov (Bélarus)
Aneta Grzeszykowska & Jan Smaga (Pologne)
Michael Bielicky (République Tchèque)
IRWIN (Slovénie)