Le Fou dédoublé. L’idiotie comme stratégie contemporaine

production / exposition / publication 

décembre 1999 – octobre 2000
Moscou, Nijni-Novgorod, Samara, Ekaterinbourg, Oiron

Claude Closky “Les cousins”, 1998

ARTISTES : A.E.C., Yury Albert, Gilles Barbier, Mattew Barney, Marcel Biefer et Beat Zgraggen, Anne et Bernhard Johannes Blume, Véronique Boudier, Marc Boucherot, Maurizio Cattelan, Alex Chabourov, Jacques Charlier, Claude Closky, Frédéric Coupet, Wim Delvoye, Patricia Dorf, Richard Fauguet, FENSO, Jean-Françoise Gavotty, General Idea, David Hammons, Herméneutique Médicale, Carsten Holler, Joël Hubaut, Mike Kelley, Jeff Koons, Oleg Koulik, Arnaud Labelle-Rojoux, Peter Land, Yury Leiderman, Sara Lucas, Urs Luthi, Jacques Lisène, Saverio Lucarielllo, Paul McCarthy, Vladimir Mamychev-Monra, Joachim Mogarra, Jonathan Monk, Monsieur Delmotte, Takashi Murakami, Panamerenco, Présence Panchounette, Philippe Parreno, Franck Pruja, Philippe Ramette, Pipilotti Rist, Ugo Rondinone, Pierrick Sorin, Daniel Schlier, Alain Séchas, Roman Signer, Christian Stevenin, Ernest T, Avdei Ter-Oganian, Olivier Tourenc, Vassilli-Tsagolov, Marnie Weber, Rudolph Wehrung, Vadim Zacharov, Kostantin Zvezdotchotov.

COMMISSARIAT : Ami Barak, Directeur du Frac Languedoc-Roussillon, Andrei Erofeev, Conservateur en chef du Musée Tsaritsino de Moscou, Jean-Yves Jouannais, Critique d’art et Dimitri Konstantinidis, Directeur d’apollonia, échanges artistiques européens

Thom Merrick “Composition in Green and White”, 1998

De jeunes critiques français, tel Jean-Yves Jouannais, identifient, dans les années 90 en France, un véritable artiste-phénomène : « l’artiste fou » ou idiot.

Cette folie est-elle inspirée ou innocente ?

Là où nous pouvons saisir ce désir vertigineux de folie, c’est dans la démarche artistique et là où nous pouvons voir cette conscience qui se joue d’elle-même, c’est dans la personne de l’artiste aujourd’hui. Telle était la thématique de cette exposition qui réunissait une cinquantaine d’artistes, dont une majorité de français et de russes, des œuvres des collections publiques des Fonds Régionaux d’Art Contemporain, du Fonds National d’Art Contemporain, de galeries, et d’autres spécialement produites pour l’occasion.

Depuis longtemps, l’artiste est assimilé au fou car il brise les modèles et fait scandale par la nouveauté de ses œuvres ; mais aujourd’hui, l’artiste fou est un nouveau type de personnage, dépassant l’extravagance même de l’art contemporain.

Depuis le 19e siècle, cette tendance révolutionnaire bien française caractérise la nature même de l’artiste : se battre contre les conventions est sa seconde nature. Toute l’histoire de l’art peut se lire ainsi jusqu’à aujourd’hui. Ce comportement est désormais classique en art, s’apparente même à une convention.

Cependant l’artiste fou ne s’inscrit plus dans cette identification, il ne veut plus changer les conventions, dans une perpétuelle révolution maniériste ; sa production, sa vie, sa démarche font apparaître une folie sans inquiétude, à tel point discordante qu’elle en devient familière.

Pour « l’artiste fou », tout le corpus de l’art contemporain représente le « supermarché » de la dérision: il y puise ses sujets de moquerie pour produire des œuvres mettant à nu mythes et cultes sociaux, mais aussi tourments existentiels et vérités métaphysiques du monde actuel. Cependant là où nous pouvons saisir son originalité (son caractère dédoublé), c’est dans sa capacité à tourner la dérision contre sa propre production : telle est sa bêtise volontaire. Il faut que son œuvre respire l’expression de la bêtise pure et simple, pour qu’en aucune façon ne soit répétée une convention devenue classique en art contemporain, qui consiste à montrer un style, même si on travaille avec de l’absurde.
« C’est un innocent », dit Dostoievski voulant définir l’idiot, car il ne cherche pas à aller contre les conventions, la bien-pensance et les évidences, mais son attitude effrayante de simplicité et d’ignorance, se trouvant dès lors exposée à l’auto-dérision et à la moquerie, finit par révéler la réalité.

« L’artiste fou » aspire à incarner cet « innocent du village » qui, s’écartant avec confiance de la souveraine raison, et le sachant, feint l’ignorance, à tel point qu’il en apparaît idiot : « fou dédoublé » en une raison consciente et naïve à la fois.
« L’artiste fou » désacralise l’image de l’artiste car il exploite la culture de l’art contemporain pour s’en moquer ; il nie en quelque sorte le mystère de la création.
« L’artiste fou », jouant l’idiot, peut nous laisser croire à une modification profonde de l‘image de l’artiste héritée du 19e siècle.

Édition d’un catalogue bilingue (russe, français).
Coordination: Zenia Kikodze; Textes critiques : Jean-Yves Jouannis; Andrei Erofeev

AVEC LE SOUTIEN DE :

Ministère français des Affaires Etrangères / Association Française d’Action Artistique
Ministère français de la Culture et de la Communication : DAP / DAI / DRAC Alsace
Open Society Institute, Russia
Ambassade de France en Fédération de Russie
Festival “Les Héros artistiques du XXIe siècle”
Confédération Internationale des Unions d’Artistes
Centre Culturel Français de Moscou
DRAC Poitou-Charentes
Région Poitou-Charentes
Caisse Nationale des Monuments et des Sites Historiques
Ambassade des Pays-Bas en Fédération de Russie
PRO HELVETIA – Fondation Suisse pour la Culture
Mairie d’Ekarterinbourg
Mairie de Nijni Novgorod


décembre – janvier 1999 / 2000 Moscou
janvier – février 2000 Nijni-Novgorod
février – mars 2000 Samara
avril – mai 2000 Ekaterinbourg
juin – octobre 2000 Oiron