Regards projetés – Kosovo

Projection

22 mars 2005

Espace apollonia

Koja1
Fitore ISUFI-KOJA, “America on earth – God in heaven”, 2005

Commissariat Mehmet Behluli
Prishtina, March 2005


La vidéo n’est pas une cause mais une conséquence

petit aperçu sur la vidéo du Kosovo

La première vidéo réalisée au Kosovo date de la fin de l’année 1999. Cette vidéo est produite par Sokol Beqiri (1964), un artiste de Peja (Kosovo), après l’intervention de l’OTAN. La vidéo intitulée MILKA s’apparente à une pure observation de ce qui est arrivé au peuple kosovar (90% Albanais) pendant la guerre qui s’est achevée trois mois avant que l’oeuvre ne fut réalisée.

La voie évolue avec les vidéos d’Erzen Shkololli, un jeune artiste (1976) d’une admirable expérience artistique internationale. Le troisième de ce groupe à avoir également commencé à utiliser la vidéo comme médium est Albert Heta (1974).

Au Kosovo, avec seulement une Ecole d’Art  – la Faculté des Arts de l’Université de Prishtina, la création vidéo n’est pas vraiment valorisée. Ou plus précisément, elle n’est pas bien accueillie, notamment à cause du conventionnalisme toujours exagéré de l’Ecole et de ses professeurs. Pour eux, la forme prévaut sur le contenu aussi réalisent-ils une séparation des arts en fonction des moyens utilisés et non en fonction des contenus. Ainsi, selon ce point de vue, la peinture et la sculpture ont le statut d’œuvre d’art, alors que le reste, et donc la vidéo, non!

Comment alors la vidéo du Kosovo a-t-elle pu engendrer une importante et admirable production dans de telles conditions, tant au niveau de la quantité que de la qualité ?

À cela quelques réponses.

Après 1999, la Communauté internationale s’est solidement installée dans notre pays, s’occupant tant d’actions humanitaires que militaires. Les artistes ont commencé à comprendre que le moment était venu de n’avoir pas seulement une communauté artistique en activité, mais de nouvelles communautés et associations, des ONG pluridisciplinaires…
Parallèlement à cela, des étrangers intéressés par l’art du Kosovo sont arrivés : la plupart du temps attirées par « l’exotisme » de notre région… Il y avait aussi des structures culturelles portant un véritable intérêt à la scène artistique locale, mais naturellement pas dans son ensemble. 

Que peut-on dire sur les caractéristiques de l’art vidéo kosovar et sur les artistes eux-mêmes?

Toujours après 1999, les artistes ont eu accès à plus d’information, et cela de manière directe : à propos des moyens d’expression contemporains, des différents concepts d’art… La majorité des artistes, principalement les jeunes, a senti les énormes possibilités qu’offraient les modèles d’art de l’époque actuelle.
Ajouter à cette ouverture et ces découvertes, le contexte spécifique du Kosovo avec toutes ses difficultés a eu une influence directe sur le mode d’expression de ces artistes. N’ayant eu aucune formation dans le domaine de l’art vidéo, ils se sont emparés de ce médium sans aucune appréhension, sans se préoccuper de la manière dont ce dernier « devait » être utilisé. Au fond, ce qui est intéressant ce n’est pas tant le manque de connaissance, mais le fait que ces artistes aient évolué sans subir le poids de la compréhension formelle de cet outil (comme c’est le cas dans d’autres pays européens ayant des écoles spécialisées dans l’art vidéo, analysant la composition, le cadre, la qualité de la caméra, de l’image, du son, des effets spéciaux etc…). Les vidéastes du Kosovo voient la vidéo comme un outil (très puissant) capable d’exprimer des positions spécifiques, de rayer tout esthétisme superflu. Ainsi c’est le contenu qui est mis en avant afin de transmettre une émotion puissante au public.

Pour les artistes kosovars, la vidéo n’est pas une cause mais une conséquence. Aucun de ces artistes est exclusivement attaché au médium vidéo, bien au contraire, ils choisissent le moyen et la technique – qui n’est pas rarement la vidéo, comme une expression offrant de très grandes possibilités.


Programme

Superman (2002, 5’58)
Sokol BEQIRI, né en 1964 à Peja/Pec

Hey you (2002, 4’31)
Erzen SHKOLOLLI, né en 1976 à Peja/Pec

Bang Bang (2003, 2’28)
Albert HETA, né en 1974 à Prishtina

Summertime (2003, 3’29)
Dren MAQILI, né en 1981 à Prishtina

Heroes (3’25)
Lulzim ZEQIRI, né en 1978 à Gjilan/Gnjilane

Amerika (2005, 4’21)
Fitore ISUFI – KOJA, né en 1982 à Gjilan/Gnjilane

Sin (2004, 7’21)
Driton HAJREDINI, né en 1970 à Prishtina

An artist who cannot speak English is no artist (2004, 3’40)
Jakup FERRI, né en 1981 à Prishtina